Le TURPE 7 vient de bouger. La délibération n° 2026-105 de la CRE, adoptée le 21 mai 2026, acte une hausse de 3,04 % des tarifs d’acheminement HTA-BT au 1er août 2026. En comptant la part réseau dans la facture, la CRE estime l’impact à environ +1 % TTC pour l’utilisateur final.
Mais le vrai changement n’est pas dans le pourcentage. Il est dans la grille horaire.
L’heure creuse n’est plus la nuit
Le TURPE 7 généralise progressivement les heures creuses l’après-midi en été pour les sites non résidentiels. L’objectif : absorber la production photovoltaïque qui inonde le réseau entre 12 h et 16 h d’avril à septembre. Quand le solaire produit à plein, le réseau a besoin que des consommateurs prennent le relais. D’où un signal tarifaire inversé : consommer l’après-midi devient moins cher que consommer la nuit.
Depuis octobre 2026, les sites en tarif C5 (puissance souscrite inférieure à 36 kVA) peuvent souscrire des heures creuses différenciées selon la saison — haute ou basse. La généralisation complète aux sites non résidentiels est prévue fin 2027.
Pour les bâtiments tertiaires en tarif C4 ou C5, le changement est structurel. Les plages de programmation des GTB, les horaires de charge des véhicules électriques, les cycles de production d’eau chaude : tout ce qui était calé sur le tarif nuit doit être revu.
Ce que ça rapporte — et ce que ça coûte de ne rien faire
Le TURPE représente en moyenne 30 à 35 % de la facture d’électricité d’un bâtiment tertiaire. Le changement de grille horaire ne modifie pas le volume consommé, mais la valorisation de chaque kWh selon le moment de la journée.
Trois usages sont directement concernés :
- La recharge de véhicules électriques. Le parc de VE croît de 25 % par an en entreprise. Si la borne charge toujours la nuit, elle passe à côté du tarif le plus avantageux.
- La production d’eau chaude sanitaire. Un ballon de 300 litres programmé en heures creuses nocturnes reste sur l’ancien schéma. Décaler la chauffe l’après-midi, c’est capter le différentiel tarifaire sans changer l’installation.
- Le pré-refroidissement estival. Refroidir un bâtiment entre 13 h et 15 h, quand le TURPE est au plus bas, pour couper ou réduire la climatisation en pointe haute. C’est du pilotage actif, et ça suppose une GTB capable de moduler.
Le gain potentiel dépend du profil de consommation. Pour un bâtiment de bureaux de 3 000 m², le décalage des usages flexibles vers les nouvelles heures creuses peut représenter 3 à 8 % d’économie sur la part réseau. Sur un parc multi-sites, l’effet de levier est immédiat.
Pourquoi la hausse de 3,04 % n’est pas le vrai sujet
La hausse du TURPE 7 au 1er août 2026 s’explique par le mécanisme du Compte de Régularisation des Charges et des Produits (CRCP). Chaque année, la CRE compare les recettes réelles des gestionnaires de réseau à leurs coûts effectifs, puis répercute l’écart sur la révision suivante. En 2026, ce coefficient atteint son plafond réglementaire de +3 %.
Autrement dit, la hausse est mécanique. Elle reflète l’hiver doux de 2025, qui a réduit les volumes transportés et donc les recettes d’Enedis. Le réseau coûte le même prix à entretenir, mais il a été moins utilisé. La facture se rééquilibre.
Ce qui est structurel, en revanche, c’est le changement de philosophie tarifaire. Le TURPE 7 est conçu pour durer environ quatre ans (2025-2029). Pendant cette période, le signal prix va continuer à se déplacer vers l’après-midi en été et vers les pointes en hiver. Un bâtiment qui ne s’adapte pas paie le mauvais tarif, année après année.
Comment reprogrammer ses plages sans exploser le confort
Le piège serait de décaler brutalement tous les usages. Le confort des occupants reste la contrainte n° 1. Voici l’approche en trois temps :
- Cartographier les usages flexibles. Tous les postes ne sont pas décalables. L’éclairage et les équipements informatiques suivent les horaires de présence. En revanche, la production d’ECS, la recharge de véhicules, le préchauffage/pré-refroidissement et les cycles de ventilation intensive sont pilotables.
- Paramétrer la GTB sur les nouvelles plages. La plupart des GTB modernes acceptent des calendriers multi-saisons. Il s’agit d’activer les plages été/hiver et de les aligner sur la grille TURPE 7 de votre fournisseur. Sans GTB, le paramétrage doit être fait manuellement sur chaque équipement — une opération qui ne passe pas à l’échelle.
- Mesurer l’écart avant/après. Le décalage ne vaut que s’il est mesuré. Comparer les courbes de charge mensuelles avant et après reprogrammation permet de quantifier le gain réel et d’ajuster.
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Ce qu’il faut retenir
- Le TURPE 7 déplace les heures creuses l’après-midi en été — La production solaire crée un excédent que le réseau rémunère via un tarif bas entre 12 h et 16 h. Les plages nocturnes perdent leur avantage.
- Trois usages à décaler immédiatement — Recharge VE, eau chaude sanitaire, pré-refroidissement estival. Sans reprogrammation, vous payez le mauvais tarif.
- La hausse de 3,04 % est mécanique, le changement de grille est structurel — Le TURPE 7 durera jusqu’en 2029. Chaque mois sans adaptation est un mois de surcoût évitable.
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